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Chantier carbone n°2

Faire du domaine un puits de carbone

Renouveler le verger

Jean-René Pitrou et un enfant devant un jeune pommier fraîchement planté, verger du Domaine des Cinq Autels, 1984

Jean-René a planté les premiers pommiers basse tige en 1984. Quarante ans plus tard, ces arbres arrivent en fin de vie productive. C'est la durée normale : un pommier basse tige donne bien pendant quarante ans. Passé cette échéance, les rendements chutent. Il est temps de renouveler.

Mais nous n'avons pas arraché ces arbres. Ils sont là depuis quarante ans, leur bois stocke du carbone, leurs feuilles font encore de la photosynthèse. On les a mis à la retraite : ils ne produisent plus de pommes, mais ils travaillent encore à séquestrer du CO₂.

Les 9 000 nouveaux arbres ont été plantés sur des parcelles distinctes, en basse tige et en haute tige. Ce sont 13 hectares supplémentaires de verger, pas un remplacement. Le domaine capte donc sur deux fronts : les anciens arbres debout, et les jeunes en pleine phase de croissance, qui fixent entre 20 et 25 kg de CO₂ par an chacun.

À ces pommiers s'ajoute une haie bocagère de 2,6 km, plantée en bordure et entre les parcelles. Elle abrite la faune auxiliaire, structure les sols et complète le maillage végétal du domaine.

Pourquoi des variétés anciennes ?

Thibault Pitrou penché sur un jeune plant de pommier dans le verger replanté du Domaine des Cinq Autels, hiver 2020

Renouveler le verger, c'était aussi choisir quoi replanter. Nous avons gardé des variétés anciennes de pommes à cidre. Ce choix n'est pas qu'une affaire de goût.

Ces variétés ont traversé le temps parce qu'elles résistent. Tavelure, chancre, ravageurs : elles encaissent mieux que les variétés modernes sélectionnées pour le rendement. Cette rusticité est exactement ce qu'il faut en agriculture biologique, où l'on n'utilise pas d'intrants de synthèse. Une pomme robuste demande moins d'interventions.

Nous travaillons avec des variétés comme le Doux Veret de Carrouges, le Bedan, la Douce Moën ou le Petit Jaune. Chacune apporte sa part : de l'amertume, du sucre, de l'acidité, du tanin. C'est leur assemblage qui fait l'équilibre de nos cuvées.

Nous sommes allés plus loin. Sur un hectare, nous avons planté un verger de hautes tiges avec des variétés très anciennes, certaines devenues rares. L'objectif n'est pas le rendement, mais la conservation. Chaque arbre garde vivant un patrimoine génétique qui aurait pu disparaître.

Ces variétés anciennes sont à l'origine de toutes nos cuvées

Un verger qui capte le carbone

Un jeune arbre grandit, et pour grandir, il capte du carbone. Cette phase de croissance dure plus de dix ans. Pendant toute cette période, chaque arbre fixe du CO₂ dans son bois, ses racines et le sol qui l'entoure.

Les estimations varient selon l'âge, la variété et la conduite, mais on retient en moyenne de l'ordre de 20 à 25 kg de CO₂ par arbre et par an pendant la croissance. À l'échelle de plus de 9 000 arbres encore jeunes, le verger devient peu à peu un puits de carbone.

C'est notre principal levier pour rendre à la terre plus de carbone que le domaine n'en relâche. Le verger ne produit pas que des pommes : il participe au bilan carbone du domaine.

Le sol travaille, lui aussi

Mains dans la terre du verger du Domaine des Cinq Autels, sol vivant et organique

On pense au carbone stocké dans le bois des arbres. On oublie le sol. C'est pourtant là que se joue une autre partie.

Sous un verger, le sol n'est jamais nu. Un couvert végétal permanent le recouvre toute l'année, entre les rangs et au pied des arbres. Ces plantes captent du carbone et le transmettent à la terre par leurs racines. Le sol se charge en matière organique, saison après saison.

Le bio entretient cette mécanique. Sans engrais ni pesticide de synthèse, la vie microbienne du sol reste intacte. Champignons, bactéries et vers de terre transforment la matière, la stabilisent, la stockent. Un sol vivant retient le carbone bien mieux qu'un sol épuisé.

Le verger capte donc deux fois : par ses arbres, et par le sol qui les porte.

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